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Fiche 7 : A propos de la notion du besoin de santé

Une approche classiquement utilisée pour l’analyse de situation en santé publique/promotion de la santé est d’évoquer les « besoins de santé » et les « demandes ». Les besoins seraient alors définis sur la base de données objectives, mis en avant par des experts et étudiés au moyen de l’épidémiologie essentiellement.

Les demandes seraient l’expression du désir d’un individu ou d’un groupe par rapport à une amélioration de la santé ou à l’utilisation d’un service.

Ces termes « besoin » et « demande » sont porteurs d’ambiguïté, et ce pour plusieurs raisons.

Une raison « théorique » d’abord : la notion de besoin « objectif » est en contradiction avec l’acception du terme admise dans les nombreuses théories ayant mis les « besoins » sur le devant de la scène.

Même si les définitions du terme varient fortement d’une théorie à l’autre, on peut observer une constante qui place la notion de besoin au cœur même de l’individu.

De nombreux auteurs différencient les besoins physiologiques, psychiques et sociaux. D’autres distinguent les besoins « cognitifs » (participant d’une recherche d’interactions optimales de l’individu avec son milieu) et les besoins « homéostatiques » (opérant par simple réduction de tension). De toutes ces théories, c’est souvent la « Pyramide des besoins » de Maslow (1970) qui est retenue. Cette pyramide va des besoins physiologiques au besoin d’accomplissement en passant par les besoins de sécurité, d’appartenance et de considération. Malinowski, le père de l’anthropologie, souligne quant à lui l’importance de la « coloration » « culturelle » des besoins. Les besoins ne pourraient être étudiés par rapport à des normes objectivées et quantifiées une fois pour toutes car la manière dont les individus les satisfont est culturellement marquée.

On comprend aisément à la lumière de ces théories que la notion de « besoin » comprise comme l’évaluation par des experts de la santé d’une population est en décalage avec tout ce qui précède.

On peut également reprocher à la notion de « besoin » telle que définie en santé publique de ne pas prendre en considération les besoins physiologiques (boire, manger, dormir) ni les besoins matériels (se vêtir, se chauffer).

Par ailleurs, l’acception courante du terme « demande » (« action de faire connaître à quelqu’un ce qu’on désire obtenir de lui » – Petit Robert) est difficilement dissociable du caractère exprimé de celle-ci : une demande doit être formulée. Si l’on distingue « besoins objectifs » et « demandes », où place-t-on les problèmes ressentis par le sujet sans être nécessairement communiqués à l’extérieur ?

Pour contourner ces difficultés et prendre en compte de façon plus explicite les composantes de la santé de l’OMS, nous proposons avec Goudet (2004) de distinguer dans l’analyse de situation trois modes de perception de la santé :

- la santé « diagnostiquée » : le point de vue des experts, la santé « objective », la santé « mesurée ».
- la santé « manifestée » ou « observée » : un problème est « manifesté » par le public final ou « observé » par des relais mais n’est pas nécessairement « vécu » comme altérant la qualité de la vie. Il s’agit donc de la santé telle que manifestée au travers des modes de vie, des comportements, de la santé intégrée dans une appréhension globale de l’individu.
- la santé « vécue » ou « ressentie » : il s’agit du point de vue du public final sur sa qualité de vie, concept qui élargit la notion de santé.

Le lecteur comprendra aisément que ces trois modes de construction de la santé sont loin d’être superposables. Un problème majeur pour l’épidémiologie peut être considéré comme peu important pour un individu ou un groupe d’individus. Une situation peut détériorer la qualité de vie d’un groupe d’individus sans provoquer de problème de santé au sens « objectif » du terme (par exemple, la proximité d’une décharge malodorante ou d’une discothèque bruyante).

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Adaptation du guide « Comment créer un outil pédagogique en santé : guide méthodologique »
. Auteurs : Catherine Spièce et Maïté Frérotte, du Service Promotion de la Santé de l'UNMS ; Chantal Vandoorne et Sophie Grignard, de l'APES-ULg (Bruxelles, 2004).